Identification des risques psychosociaux
Depuis quelques
années, les risques psychosociaux sont devenus une source de
préoccupation grandissante ; notre attention se déplace de la
pénibilité physique pour se focaliser sur les effets de la charge
mentale au travail : nous passons du risque physique, matériel et
organisationnel au risque psychosocial. L’employeur qui avait une
obligation de prévention de la santé physique de ses salariés, doit
également se préoccuper de leur santé mentale, depuis la loi de la
modernisation sociale de 2002.
Actuellement, responsables et
préventeurs sont assez démunis face à ce risque : sa nature, ses conséquences et sa prévention.
Les effets
Nous n’avons accès directement qu’aux conséquences des risques psychosociaux – seuls les effets sont visibles - les sources et les processus eux ne le sont pas. Pour les faire apparaître, il faut mener une étude : recueil de données et analyse. Les effets constituent le symptôme manifeste de dysfonctionnements, de défauts de régulation du système que constitue l’entreprise, dans sa globalité, mais aussi dans les relations qu'elle entretient avec ses parties et ses environnements.
Pour
traiter des effets, le diagnostic portera sur les sources et processus
afin d’établir et de mettre en oeuvre un plan de prévention.
Les
effets sont repérables à certains signes, relevant du fonctionnement de
l’entreprise (taux d’absentéisme, turnover, accidents
du travail,
fréquence des conflits interpersonnels…) ou de l’état de santé au
travail des salariés (longues maladies, dépressions, épuisement,
addictions…)
Les effets se manifestent sur trois plans :
1 - Pour les personnes :
Atteinte
de leur santé physique et mentale : les risques psychosociaux génèrent
des pathologies professionnelles : états dépressifs et épuisement
professionnel (burn out), état de stress chronique, maladies
psychosomatiques, troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques
(TMS) ...
2 - Pour les structures de travail :
Toutes les conséquences du risque psychosocial ne sont pas uniquement « psy » et encore moins limitées à des troubles
individuels
; ce risque concerne aussi l'entreprise dans toutes ses dimensions:
augmentation des risques matériels (exemple : casse d’outils),
organisationnels (exemple : dysfonctionnements de la transmission des
informations au sein d’équipes en conflit), économiques, judiciaires et
financiers.
3 - Pour la société :
Remise en question des fondamentaux de cette civilisation avec des contrecoups allant du familial au social.
Les sources
L’origine des risques psychosociaux est multifactorielle, les différents déterminants peuvent se différencier selon 4 catégories :
1 - Organisation du travail :
Nature de l’activité, rythme, qualification, cohérence, clarté de consignes…
2 – Environnements :
Physiques,
équipement et matériel, évolutions technologiques, économiques et
financière, influences politique et institutionnelles…
3 - Relationnels :
Relations interpersonnelles, d’équipe, hiérarchiques, avec des groupes externes…
4 - Vécus et Représentations Mentales :
Valeurs,
principes et sentiment vis à vis de l’activité et de ses conditions
d’exercice, conceptions du monde, morale acquise, idéologie groupale…
Les processus
Les
sources ne seront productrices d’effets psychosociaux, non en
elles-mêmes, mais à travers le déclenchement effectif de processus :
tensions
psychologiques, accroissement du stress, augmentation des comportements
agressifs et violents, régressions et installation de systèmes
défensifs pathologiques individuels et collectifs…
La prévention du risque
La
nature du risque psychosocial, sa complexité et l’importance de ses
conséquences, où l’atteinte des salariés peut aller jusqu’au risque
vital et les dangers pesant sur l’entreprise peuvent menacer sa
pérennité, contraignent l’entreprise à engager toutes ses forces dans
la prévention. Face à la montée des risques psychosociaux, l’employeur
se doit de développer une réponse stratégique efficace :
- Evaluer le risque et intervenir au niveau de l’organisation et des conditions de travail (prévention primaire)
- Sensibiliser et former les personnes(prévention secondaire)
- Secourir et protéger les individus en difficulté (prévention tertiaire)
La prévention des risques psychosociaux s’inscrit dans une démarche globale d’évaluation des risques professionnels ; elle va mobiliser les différents acteurs de l’entreprise au sein du dialogue social et comprendre à priori la remise en question de son organisation, des styles de managements, de communication, de relations…
Méthodologie
Pour soutenir l’entreprise vers la prévention dans ce domaine complexe, nous avons construit, en équipe interdisciplinaire, une méthodologie éprouvée au travers de l’expérience acquise sur le terrain dans l’accompagnement dans des secteurs et des situations diversifiés. Nos interventions en matière de prévention dans les entreprises et les administrations sont soumises au respect de trois règles : être globales, coordonnées et durables. La mise en place d’un plan de prévention des risque psychosociaux passe par un déroulement où se succèdent : prédiagnostic, constitution du groupe projet, diagnostic approfondi, restitution, élaboration et mise en place du plan de prévention, évaluation et suivi.
Au cours de la démarche diagnostique, le traitement passe par plusieurs étapes : le recueil des données, leur analyse, puis leur formalisation.
Le recueil de données
- Les données sont extraites de différentes origines et traitées avec des techniques s’appuyant sur plusieurs disciplines. Ne sont retenues que celles qui sont validées (par exemple : par fréquence d’apparition dans les entretiens) et qui sont renforcées par croisement et analyse des différentes origines lors de la mise en information.
Les données sont extraites :
- de plusieurs objets d'étude :
l'activité, l'organisation de travail, les relations, l'expression des
émotions, sentiments, valeurs, principes et croyances, représentation
du monde,
de soi et des rôles, la taille des équipes, la
structuration de l ' entreprise, les modes de relation avec les
environnements, l'histoire de la structure…
- de plusieurs origines
: le tableau de diagnostic général, la documentation fournie par
entreprise, des entretiens individuels ou collectifs, d'un
questionnaire, d'observationsin situ.
L’analyse des données
Un diagnostic des risques psychosociaux mobilise plusieurs approches théoriques et méthodologiques :
- la clinique du travail
- la psycho dynamique du travail
- la psychopathologie du travail
- la sociologie des organisations
- la psychosociologie
- l'ergonomie
- l'analyse systémique
Les données sont analysées grâce à différentes techniques :
- L'analyse fonctionnelle pour regrouper les différents items d'information
- Les entretiens, avec écoute active et grille d'entretien semi-dirigé
- Le questionnaire, avec son traitement des tris à plat, croisés, des corrélations entre les variables et l'analyse factorielle
- L’Analyse Ergonomique du Travail (AET) dont la finalité est de déterminer les connaissances pertinentes pour l'aménagement ergonomique d'une situation de travail
- L’analyse systémique, l’organisation de travail est pensée comme un système, avec différentes parties en interactivité, en relation avec ses environnements
La formalisation
Les résultats, exposés sous forme de sources, processus et effets, sont le produit d’un processus de construction progressive, au cours
duquel les informations subissent différents traitements et les analyses sont réalisées à partir de différentes perspectives méthodologiques.
Parmi les données ne sont conservées que celles qui se rencontrent fréquemment au sein d'une origine et /ou dans plusieurs origines pour contribuer à l'établissement du factuel.
Aussi les facteurs présentés dans la restitution sont référencés selon trois catégories : repérés, validés (dont l’existence est confirmée selon plusieurs origines), critiques (qui exercent une influence significative dans la problématique).
Après ces croisements, les liens entre les différentes informations sont étudiés pour stabiliser les représentations de la problématique.
Chaque information ou lien est susceptible de venir en conforter, minorer, nuancer ou compléter un autre. Les bouclages et
leurs renforcements ou affaiblissements, les répétitions, les dynamiques contradictoires sont l’objet d’un approfondissement de l’analyse.
Le diagnostic est un processus itératif, les hypothèses formulées au cours des analyses devront être confirmées par la suite de l'étude pour pouvoir figurer au stade de la restitution.
